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Avec ma préparation universitaire au concours puis au métier de professeur des écoles, se forme une analyse qui se veut chaque jour un peu plus complète et, je l’espère, lucide de la situation de l’institution scolaire dans notre pays. Et je ne pense pas qu’il soit une exagération que de dire simplement mais aussi et surtout franchement (parce c’est une vérité) : l’Ecole est en danger !
Le vent de réformes en cours (marchandisation, masterisation, suppression) emporte tout sur son passage, d’autant que les fondations de notre éducation sont déjà rendues fragiles par les difficultés intrinsèques à l’exercice même de ce beau métier. Et il faut bien avoir cette conviction profonde que la profession est magnifique et s’assimile en tout point à un service rendu à la nation et à sa jeunesse pour s’engager, dans ces conditions de départ et pendant au moins quatre ou cinq décennies, au service de la diffusion de savoirs et de valeurs.
L’actualité de l’Ecole est riche. Elle va ici être complétée par les dernières propositions et interminables silences du gouvernement. Cet état des lieux nous permettra alors une analyse plus profonde de l’Ecole de 2009, de ses missions, de ses difficultés, et de ses évolutions probables. Regarder où en est pour voir où on va et corriger le tir tant qu’il est encore possible. Proposer une alternative, une Ecole républicaine, véritablement républicaine, temple du savoir où des valeurs civiques partagées, des acquis théoriques fondamentaux, et une formation pratique professionnalisante, seraient transmis par des professeurs formés et soutenus.
La marchandisation de la présence des lycéens !
L’Ecole est gratuite ! Les élèves ne doivent pas payer pour assister aux cours, mais ils ne doivent également pas être payés, ne serait-ce que collectivement, s’ils répondent à cette exigence d’assiduité. L’expérience actuellement mise en place dans plusieurs lycées de l’académie de Créteil est un danger pour l’institution scolaire. Elle est révélatrice de l’impuissance des pouvoirs publics à soutenir le corps professoral, et pire, place la population lycéenne dans l’idée que sa présence mériterait peut-être à terme une due proportion, et que l’obligation (pour les moins de 16 ans) et la nécessité (pour tout le monde) d’assister aux cours seraient ainsi moins vraies qu’avant. Elle discrédite l’institution scolaire, le contenu de ses programmes, et le travail de ses professeurs. Elle rend incohérente l’action du gouvernement en matière de lutte contre l’absentéisme scolaire. Cette majorité qui a soutenu, il y a plusieurs mois, l’assujettissement des allocations familiales à l’assiduité des enfants scolarisés va désormais payer les élèves qui participent aux cours. C’est appliquer la maxime « travaillez plus pour gagner plus » à un milieu où l’argent ne devrait jamais intervenir ! Remarque, quand on ne peut pas l’appliquer aux véritables travailleurs, autant chercher à rémunérer d’autres personnes, mineurs et élèves peu importe !
La masterisation sans professionnalisation !
Enseigner est un métier qui s’apprend ! Les professeurs seront bientôt recrutés au niveau du master. Pourquoi pas ? Pourtant, aucun master ne permettra un exercice immédiat de l’enseignement s’il est dépourvu d’une formation professionnelle.
L’enseignement est pour moi cette alchimie parfaite de l’expression du savoir savant, de l’effort de transmission didactique, et du travail de réflexion pédagogique. L’environnement d’une classe et le choix des mots employés ou des exercices proposés sont autant voire plus importants que le savoir savant abordé. Or, ces éléments ne peuvent intervenir que dans le cadre d’une formation professionnelle et performante. C’est donc d’un véritable master professionnel métiers de l’enseignement que l’Ecole a besoin. Et les maquettes sont prêtes ; alors qu’elles soient acceptées dans un délai le plus court possible par le gouvernement actuel ! A court terme, beaucoup de préparationnaires au concours (PE1) risqueraient sinon de passer en janvier puis en juin, des partiels en cartons pour un master imaginaire parce que non validé par les services de la ministre candidate. A long terme, l’Ecole de demain devra compter sur des professeurs scientifiquement compétents, polyvalents comme toujours, et professionnellement formés. L’Ecole des Sarkozy-Pecresse-Chatel est aux antipodes de celle-ci. Ce gouvernement ne veut ni master métiers de l’enseignement, ni véritable formation professionnelle. La visée économique et budgétaire prime pour ces ministres sur la visée éducative !
La suppression des postes et de l’Histoire obligatoire en terminale S !
Lorsqu’on supprime l’histoire obligatoire en terminale scientifique et maintient la logique de non remplacement des postes dans la fonction publique et donc sans exception dans l’Education Nationale, c’est également selon ces uniques objectifs budgétaires et économiques. Une Ecole sans moyens humains de transmettre le savoir dans de bonnes conditions, c’est une Ecole qui court à sa perte. La logique comptable ne peut être la seule qui gouverne ce service public fondamental. Un pays qui ne forme pas sa jeunesse à l’esprit critique et citoyen, à des savoirs fondamentaux, et à des métiers toujours plus spécialisés et durables, c’est un pays qui court lui-même à sa perte.
Quel est encore ce gouvernement qui appartient à la majorité qui a mis en place le socle commun de connaissances et qui maintenant supprime l’histoire obligatoire en terminale S ? Où est la cohérence : l’histoire ne constitue-t-elle pas un savoir fondamental au même titre que le français, les mathématiques, les sciences, et les langues ? Le lycée est l’établissement où l’on se spécialiserait. Pourquoi pas ? Mais à l’heure où l’exigence de spécialisation de l’ensemble des métiers est réelle, et où la masterisation s’impose pour grands nombres de concours d’accès à la fonction publique, le temps n’est-il pas venu de faire du baccalauréat un diplôme au sens premier du terme ? Un diplôme qui sanctionnerait vraiment l’acquisition des connaissances des élèves, et ne répondrait plus à cette exigence démographique des plus de 80%, pour enfin permettre aux premières années de l’université d’être de véritable moments d’enseignement supérieur et non des instants de sélection drastique et inavouée des étudiants. L’Ecole est en danger, on a eu raison de le dire !
L’Ecole a un avenir, bâtissons-le ensemble !
Le temps est venu de stopper l’hémorragie. On ne joue pas avec la jeunesse de son pays ! C’est la raison pour laquelle je participerai dès ce mardi 15 décembre, à la mobilisation nationale organisée par les IUFM pour réclamer une autre logique de la masterisation, laissant plus de place à la formation professionnelle, encourageant l’alternance, et surtout acceptant les maquettes proposées pour cette année. C’est la raison pour laquelle cette mobilisation pour une autre Ecole ne fait que commencer ! L’Ecole a un avenir, bâtissons-le ensemble !
Source de l'image: http://a33.idata.over-blog.com/1/98/32/38//MoinsEnseignants.gif
D'un côté, on supprime des heures indispensables d'Histoire aux élèves de Terminales S, et de l'autre on va payer des élèves pour qu'ils assistent aux cours ! Quelle belle gestion d'argent public !
Voici mon analyse de lycéen concernant la suppression de l'Histoire en Terminale S :
http://m-robert.over-blog.com/article-sauvons-l-histoire-40808432-comments.html#c