Dimanche 1 novembre 2009
7
01
/11
/2009
15:32
Des dynasties présidentielles de la Vème République
L'homme de France

Il m'apparaît que tous les présidents de la Vème République ont réussi à plus ou moins bâtir une dynastie politique. Celle des deux premiers présidents relève en fait de la même, du gaullisme,
devenu une véritable école de pensée politique. Sans angélisme, reprenant la France sous le sceau de la résistance et des valeurs, celui dont on fêtera le trente-neuvième anniversaire
de sa disparition ce samedi, a lui voulu, en plus, sciemment créer cette dynastie: "Puisque tout recommence toujours, ce que j'ai fait sera, tôt ou tard, source d'ardeurs nouvelles, après
que j'aurai disparu" écrit-il ainsi dans les dernières lignes de ses mémoires.
L'homme de Lettres

Valéry Giscard d'Estaing, devenu désormais plus illustre sous la coupole qu'à l'Elysée, opère, ces dernières semaines, avec la parution de son dernier ouvrage, la réunion de trois noblesses:
celles des princes de ce monde, des lettres de notre langue, puis enfin des coeurs de tout homme. Je fais bien entendu ici référence à cette crypto-autobiographie où une relation lui serait
prêtée par les plus rêveurs de nos commentateurs avec Lady Diana.
L'homme de Gauche

François Mitterand, capable de synthèse impossible comme à Epernay, devient aujourd'hui la référence irréfragable d'une gauche en perte de définitions, de valeurs, de socle commun. L'éternel
second de l'époque, le Raymond Poulidor du PS, - j'ai dit Michel Rocard -, et qui sert lui de conscience étatiste et de gauche au Président de la République actuel, cherche d'ailleurs des poux
dans le mitterandisme pour devenir une référence au parti socialiste. L'ombre de l'homme au chapeau de Jarnac plane donc comme un poids autant que comme une référence, rue de
Solferino.
Des destins croisés de l'ancien et de l'actuel

Le président de la République actuel (je passe volontairement le mandat chiraquien dont il sera question ci-après) s'efforce également d'établir une dynastie à la fois politique et
familiale. Politique grâce au dogme de campagne de la rupture, et cette volonté annoncée d'en finir avec ces "basses pratiques de la Vème République". Familiale, grâce aux tentatives, bien
qu'avortées de népotisme.
Il apparaît bien difficile de parler de dynastie politique au sujet du feu président Chirac. Celui qui fût élyséen pendant 12 ans, a quitté ses fonctions depuis trop peu de temps pour que
l'on puisse en établir une telle existence dynastique. En revanche, celui qui est redevenu un simple citoyen, autrement dit un entier justiciable, devra vraisemblablement répondre
devant les juges, de faits pour lesquels il avait été poursuivi durant son mandat. Pour autant, Jacques Chirac est loin d'être un unique repris de justice.
La chiraquie aujourd'hui?

En témoigne une accumulation de sorties politiques toutes aussi remarquées l'une que l'autre de trois de ces anciens premiers ministres: Alain Juppé il y a quelques semaines, au sujet de la
taxe professionnelle, en sa qualité actuelle de maire de Bordeaux, Dominique de Villepin, dans le style beaucoup plus enlevé qu'on lui connaît, sur des sujets beaucoup plus généraux, il y a
quelques jours à la Maison de l'Amerique Latine devant ses partisans, et enfin Jean Pierre Raffarin, ce matin, prenant la tête d'une fronde de sénateurs, contre la déja citée réforme de la
taxe professionnelle.
Lorsque l'on sait que le quatrième et dernier mousquetaire de Matignon sous Chirac s'appelle Lionel Jospin, lequel premier ministre de cohabitation, s'est retiré de la vie politique, on peut
dire que c'est l'ensemble des chefs de gouvernement de l'ère Chirac qui forment aujourd'hui cette famille d'héritiers politiques de l'homme de Sarran.
Aussi hétéroclite qu'hétérodoxe, on peut difficilement estimer que cette famille politique a de belles heures partisanes devant elle. En revanche, elle incarne une manière de gouverner
que le président de la République actuel serait fort inspiré d'écouter. Deux grandes affaires politiques actuelles, aussi bien internationales qu'internes, peuvent servir de
démonstrations à mon propos.
L'enseignement international de Jacques Chirac

L'Histoire, même récente, tient parfois dans ses mains, l'écho d'enseignements futurs voire actuels. Lorsque la France annonçait au conseil de sécurité des Nations Unies, en
2003, son intention de ne pas s'engager dans un conflit en Irak et menaçait d'opposer son veto, des vents d'indépendance, celle de notre diplomatie, et de responsabilité, celle de notre
politique, soufflaient alors sur un ordre mondial en constante évolution depuis le 11 septembre 2001. Ca, c'était Chirac. Aujourd'hui, l'impasse afghane dans laquelle la France s'est
embourbée et dénoncée encore cette semaine, par deux parlementaires (le sénateur Jean Louis Masson et le député Nicolas Dupont-Aignan) dans une lettre adressée au Président de la République, laisse planer des
doutes sur nos intentions dans cette région du monde, ainsi que sur l'issue de ce conflit. Ajoutée à notre réintégration complète dans l'OTAN, ces deux pendants de notre politique étrangère
et de défense font aujourd'hui naître des inquiétudes légitimes, qu'il faudrait au moins résoudre par un débat national à ce sujet.
Un art de gouverner

La France institutionnelle marche sur deux jambes: l'unité de sa République et la diversité de ses territoires. Fruits de son histoire, près de 36000 communes cotoient quelques 100
départements et 22 régions. Il serait d'un conservatisme éxagéré que de signaler qu'aucune réforme n'est nécessaire. Mais doit-on pour autant empêcher chacunes de nos communes, et notamment
rurales, de vivre, de présenter un budget équilibré à la fin de chaque exercice, et de bâtir pour le bien-fait de ses habitants des projets toujours plus locaux et ambitieux? L'argent, c'est le
nerf de la guerre. Alors, à l'instar d'un Jean Pierre Raffarin - avec qui je suis, une fois n'est pas coutume, d'accord -, je dis qu'à l'heure où notre pays s'engage dans deux réformes
colossales et concommittantes (la suppression de la taxe professionnelle et une refondation de nos collectiités locales), là encore un débat, plus qu'un vote parlementaire à
l'emporte-pièce, est nécessaire.
Les dérives de la monocratie

A l'occasion du précédent scandale sur son fils Jean Sarkozy, le président de la République avait donné une interview au journal le Figaro. Accompagné d'un éditorial de l'éminent Etienne
Mougeotte, le propos était à peu de choses près celui-ci : "Pendant que d'autres créent la polémique, moi, je gouverne!". Le problème est justement là: alors que sur certains sujets, fédérateurs
pour un certain électorat, le gouvernement lance de grands débats (comme sur l'identité nationale), il en est d'autres où il s'abstient pour toujours non pas mieux gouverner mais plus gouverner,
gouverner de toujours plus de choses toujours plus vite. Mais ce mode de gouvernance tout sarkoziste produit des effets collatéraux que nous voyons petit à petit monter à la surface: une
défection graduée de l'électorat populaire, puis de certains esprits libres, et enfin de plus en plus de ténors de la majorité.
La chiraquie demain?

C'est un ministre des derniers gouvernements de Jacques Chirac qui lui a succédé à la Présidence de la République. Tout le paradoxe politique de la chiraquie est là: les ennuis judiciaires de
l'ancien maire de Paris auraient toutes les raisons de le maintenir écarté du champ politique, d'autant que le locataire actuel de l'Elysée, silencieux en ce moment, n'a eu de cesse de répéter
auparavant qu'il ne serait pas l'héritier-modèle. Mais la réunion de ces pertes de repères électorales, de ces défections personnelles et de plus en plus fréquentes d'anciens
chiraquiens, et d'un capital de sympathie très fort pour l'ancien président, ne vont-elles pas créer une nouvelle tendance dans notre vie politique? Affaire à suivre...
Vos réactions?