Vendredi 30 octobre 2009
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Lorsque la politique ressemble de plus en plus à un spectacle où les scandales sont des scènes, les trahisons des actes, et les dépenses de l'élysée les prix des places, la tentation est grande
de se plonger dans de l'unique réflexion. Vous aspireriez alors à devenir ce qu'on appelera peut être un auteur, voire un écrivain, voire même, si vous êtes bien loti, un intellectuel dont
l'acuité aurait une chance sur mille d'être reconnu comme une postérité à la fin de votre vie. Vous vous retireriez des affaires, ne vous présenteriez à plus aucune élection, ne participeriez à
aucune campagne, devenue nouvelle saison des spectacles des troupes de l'Elysée ou de la rue de Solferino. Bien sûr, si vous voulez avoir une chance sur dix-milles d'être lu, vous feriez le pari
de la bienpensance: penser comme le Monde ou le Figaro.
Il était une fois un navire qui s'appelait France. Il avait traversé les âges, les époques, les cultures, avec ce destin exceptionnel qu'on lui connaît. Depuis le 6 mai 2007, le nouveau
capitaine de ce bâteau s'appelle Nicolas Sarkozy. Il tient la barre avec ses deux bras, comme si l'on eût dit que pendant que l'un de ces deux membres parlait, l'autre agissait. C'est
le bras droit qui paraît le plus bavard.
Ce bras droit a produit des discours très solennels sur de nombreux sujets, allant parfois jusqu'au moindre détail de nombre de ces matières, comme pour instaurer la lecture d'une lettre à
l'Ecole, ou pour décider des programmes de la filière littéraire au lycée. Mais il est de cette solennité un principe parce qu'il est des propos choquants une exception.
Exception heureusement temporelle, car ces chocs sont rares, mais malheureusement matérielle, car ces chocs sont aussi et surtout exceptionnellement graves.
Pour ne citer que trois exemples, celui qui se fit remarquer en qualité de ministre de l'Interieur, autour d'un vocabulaire particulier - "racailles", "nettoyage au karcher" - , a par
exemple tenu un discours plus que dangereux sur "l'entrée dans l'histoire de l'homme noir" au début de son mandat à l'université de Dakar, a ensuite remis en question le principe
de laïcité républicaine, à Latran, autour d'un concept creux de laïcité positive allant jusqu'à dire qu'un maître n'aura jamais l'autorité morale d'un curé, et a enfin tué la présomption
d'innocence dans son procès qui l'oppose à Dominique de Villepin.
Le bras de la plume et de la verve du capitaine se laisse donc parfois aller à de graves remises en question de la mécanique du bateau France. Mais ces attaques sont moins virulentes que celles
que le bras de l'action peuvent conduire.
La démocratie sert de boussole au bateau. En 2005, l'équipage du bateau France a répondu majoritairement non à la question de savoir s'il fallait transformer la flotte Europe en grand bateau
unique, finalement trop lourd pour avancer. Quelques mois plus tard, le capitaine Nicolas Sarkozy, a fait passer en force cette réforme institutionnelle dans une manoeuvre menée aux alentours de
Lisbonne. En perdant ainsi le nord, il a désorienté une bonne partie de son équipage qui, voyant ainsi partir à la mer une valeur démocratique pour laquelle tant de leurs ancêtres s'étaient
battus, a commencé à exprimer de nombreuses inquiétudes quant à la suite du mandat du capitaine.
L'arrivée d'un scrutin uninominal à un tour pour la désignation des futurs conseillers de territoire, et l'avènement récent, bien qu'heureusement avorté, d'un népotisme visant à l'établissement
d'une dynastie, sont autant d'actes qui confirment ces inquiétudes. On pourrait parler de ce qui compose l'armature du bateau: du mérite, des droits de l'homme... Mais le lecteur éclairé
qui voit cette histoire originale, ce conte des temps modernes s'achever comprendra où l'auteur veut en venir.
La morale de cette histoire est qu'elle n'est pas terminée. L'optimisme du lecteur l'enverra vers l'alternative crédible que certains cherchent à bâtir (Bayrou (???), De Villepin (??),
Dupont-Aignan (?)...). Le pessimisme le fera vivre au jour le jour et redouter les deux-ans et demi qui restent. Le réalisme le poussera au courage de vivre chaque jour, dans un esprit
républicain qui l'astreint à ne jamais perdre espoir pour demain...
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